Au SSTP de l’IUFM depuis octobre 2006, une troisième promotion de cadres gabonais, inspecteurs et conseillers pédagogiques en relation avec le ministère de l’enseignement technique, de la formation professionnelle et de l’insertion des jeunes vient de terminer sa formation en juin. Cette formation en alternance se poursuivra au Gabon durant quatre mois jusqu’en janvier 2009 et se cloturera par une évaluation des compétences (jury mixte franco-gabonais) dans le contexte gabonais.
Contexte
Depuis une dizaine d’années, le Gabon est entré dans une profonde réforme de son enseignement technique et professionnel avec pour objectif une meilleure adéquation entre les filières de formation et les emplois présents et à venir. L’économie gabonaise s’appuie essentiellement sur l’exploitation des matières premières avec très peu de transformations. Le Gabon souhaite s’orienter vers une économie qui intègre la transformation des produits et le développement des services. Cette profonde mutation implique une évolution du système de formation, des filières, des diplômes et des moyens d’enseignement. Cela induit évidemment une formation des acteurs du système éducatif tant pour l’encadrement que pour les enseignants. C’est dans ce contexte que nous avons été sollicités pour des actions de formation de professeurs (spécialisation ou reconversion) du secteur STI mais aussi pour le personnel d’encadrement et que nous avons assuré depuis 6 ans la formation de 3 promotions d’inspecteurs des secteurs industriels et tertiaires. La formation de chaque promotion a mobilisé 20 formateurs dont 9 inspecteurs pendant deux ans.
Pourquoi ces formations ?
L’évolution du système de formation technique et professionnelle ainsi que son adaptation aux besoins nécessitent une expertise et un pilotage par un personnel d’encadrement compétent. C’est le cas pour les personnels d’inspection dont les missions sont très larges et variées : expertise au service de la mise en œuvre de la politique éducative, participation à l’élaboration des référentiels, gestion des ressources humaines, élaboration et conduite d’animations pédagogiques, contrôle et évaluation…
L’IUFM de Créteil s’est engagé dans ce type de formation avec les pays d’Afrique en étant conscient que le simple transfert de savoirs et savoir-faire, d’outils et de méthodes inspirés de nos modèles de fonctionnement, sans lien et reconstruction dans le pays d’origine, sans immersion dans des situations de terrain, peut conduire à ne pas atteindre les objectifs. Ainsi, la formation de ces personnels doit, pour être efficiente, non seulement s’enrichir d’une réflexion concernant la mise en œuvre de solutions adaptées aux pratiques de chaque pays mais également être réalisée en partenariat et en alternance afin d’être confrontée à la réalité du terrain.
C’est pourquoi ces formations ont été construites avec des institutions des pays d’origine en ayant comme principe directeur l’alternance. En outre, elles intègrent un tutorat fort qui permet une individualisation et la conduite du projet personnel du stagiaire, projet dont les contenus et les attentes ont été définis entre les différents partenaires.
Principes directeurs de la formation
Partenariat, alternance, individualisation, projet personnel, tutorat, situations professionnelles effectives comme supports de formation, sont des grands principes mis en œuvre dans cette formation. Elle s’appuie sur un répertoire des compétences qui sert de référence aux stagiaires et à l’ensemble des acteurs pour évaluer les acquis et apprécier leurs effets sur les pratiques professionnelles. Elle débute par un positionnement qui permet à chaque stagiaire et aux formateurs de repérer les compétences déjà maîtrisées, d’identifier celles que le stagiaire devra construire ou perfectionner dans le cadre de son parcours. Elle comporte des périodes d’apports de savoirs, d’outils et méthodes et des synthèses, menées en groupe, en liaison avec les situations vécues. L’essentiel de ces apports et activités sont faits par le groupe d’inspecteurs tuteurs. Seules les formations transversales telles que la formation aux technologies de l’information et de la communication, à la pédagogie, aux techniques d’animation et de conduite d’entretiens sont faites par des spécialistes qui n’ont pas vocation à être tuteurs. Parmi les différentes activités qui résultent de situations professionnelles propres au métier d’inspecteur on peut noter : l’inspection, l’évaluation, le conseil aux personnes, le développement et la valorisation des compétences professionnelles des personnels, l’animation pédagogique, l’élaboration et la conduite d’une animation, le pilotage de commissions de choix de sujets d’examens ou de concours, la présidence de jury d’examens ou de concours, l’expertise d’un système, d’un établissement, d’une équipe pédagogique, d’une filière de formation, l’élaboration de rapports d’opportunité de création de filières ou de diplômes, la participation à la rédaction des référentiels, la gestion et l’animation de filières de formation, la contribution à l’élaboration d’un dispositif de formation.
Compte tenu de l’alternance dans la formation, ces activités sont plus ou moins développées selon le pays de formation en tenant compte de la richesse des situations professionnelles exploitables dans chacun d’eux et selon les périodes de l’année car beaucoup d’entre elles présentent un caractère saisonnier. D’autre part les stagiaires sont acteurs ou simplement observateurs en fonction des contraintes liées aux types d’activités. Par exemple, la rédaction des référentiels se fait en France dans les commissions paritaires consultatives (CPC) et au Gabon au sein de l’institut pédagogique national (IPN). Il est évident que l’activité en France s’est limité à une observation de séances de travail alors qu’au Gabon les stagiaires se sont impliqués davantage comme acteurs ; en France la participation aux commissions de choix de sujets d’examen ou de concours ne peut se faire qu’à titre d’observateurs, par contre le stagiaire peut être acteur pour mener un entretien d’inspection sous le contrôle de son tuteur inspecteur.
Toutes les activités de terrain font l’objet d’une analyse à « chaud », puis donnent lieu à un travail de restitution, de synthèse, de formalisation avec le groupe de stagiaires. Parallèlement à ces activités, le stagiaire construit un projet personnel dont le thème, négocié en début de formation, répond à un besoin du ministère gabonais.
Une formation qui s’appuie sur deux types d’alternance
Cette formation est caractérisée par deux typologies d’alternance :
Une alternance de pays de formation, le Gabon et la France, qui ont des organisations, des structures de système, des cultures et contextes socio-économiques différents. Cette alternance nécessite une bonne articulation et coordination des périodes de formation, ainsi qu’une définition et un partage précis des contenus et des activités pédagogiques.
Une alternance dans chaque pays de formation entre les activités de formalisation, de synthèse et les activités de terrain en situation professionnelle. Cette alternance nécessite une implication forte des différents acteurs (stagiaires, formateurs, tuteurs formateurs, tuteurs dans les structures d’accueil pour observation ou mise en œuvre de pratiques professionnelles), un choix pertinent des types d’activité ainsi qu’une planification rigoureuse de celles ci.
Mise en œuvre de la formation
Référentiel de compétences.
Les compétences visées se situent dans quatre grands domaines d’activités : contrôle et évaluation, animation pédagogique et formation, expertise au service de la mise en œuvre de la politique éducative, contribution au fonctionnement de l’institution et à l’animation de réseaux de relations.
Modalités de la formation.
Selon les activités nous aurons des séquences en groupe complet (apports de savoirs, d’outils, de méthodes et les activités de restitution et de synthèse gérées par les tuteurs, formation aux TICE, expression, communication et conduite d’entretien, pédagogie), des séquences en groupe restreint ou individuelles (inspection, participation à des commissions, animation pédagogique, analyse à « chaud » d’activités professionnelles), du travail individuel encadré (rédaction des rapports d’inspection, rédaction d’un mémoire individuel encadré par les tuteurs, préparation des exposés pour les bilans intermédiaires, soutenances et exposés).
Encadrement des stagiaires.
Pour les apports transversaux, des professeurs spécialistes des domaines concernés interviennent auprès du groupe.
Pour ce qui concerne le métier, les apports sont faits par des formateurs inspecteurs. En effet du coté gabonais comme du coté français chaque stagiaire est sous la responsabilité d’un tuteur inspecteur qui a pour fonctions d’accompagner et guider le stagiaire dans les activités de terrain, de répondre aux besoins ponctuels du stagiaire, de suivre le stagiaire dans la construction de son projet individuel.
Organisation de la formation
La formation s’organise autour de l’appropriation des ressources transversales dont la maîtrise est requise pour gérer efficacement des situations professionnelles, du traitement des situations professionnelles les plus significatives de l’activité de l’inspecteur, de synthèses, de bilans intermédiaires et de fin de module afin de piloter la formation au plus près des besoins et des demandes, d’une évaluation sommative, sur le terrain gabonais, avec une contextualisation des acquis et une mise en œuvre effective des compétences dans des situations professionnelles d’inspection et d’animations pédagogiques.
Le pilotage de la formation.
Deux chefs de projet, l’un gabonais et l’autre français, assurent la cohérence et la coordination de la formation, ils sont en liaison permanente et participent aux bilans.
Principaux facteurs d’influence sur l’efficience de la formation
Il n’y a pas d’alternance efficace sans une organisation partenariale pertinente, mais le partenariat induit d’être vigilant sur différents points.
La dimension institutionnelle : nécessité d’un cahier des charges institutionnel clair. La formation doit être organisée dans un partenariat structuré autour d’un projet commun, s’appuyant sur ce cahier des charges, qui est la clé de voûte du dispositif. Il faut consacrer le temps nécessaire à la rédaction de ce projet commun et obtenir l’adhésion des différents acteurs afin d’éviter une formation de juxtaposition.
La dimension pédagogique : elle s’organise autour du partage du savoir et du binôme tuteur-formateur. Dans chaque lieu le stagiaire est porteur de savoirs acquis dans d’autres lieux. Cela suppose une collaboration étroite entre les acteurs et nécessite une structure de coordination et de pilotage.
La dimension didactique : la logique d’apprentissage est bouleversée, il est nécessaire de sortir des logiques disciplinaires pour, partant de l’analyse des situations vécues, produire des savoirs et savoir-faire et construire ses compétences.
La dimension personnelle : il s’agit ici, pour le stagiaire, d’organiser son apprentissage à sa façon, de fondre les situations vécues dans différents lieux et contextes pour se les approprier. Cela nécessite une forte motivation et implication du stagiaire dans sa formation.
La gestion de l’interface entre les différentes organisations partenaires qui ont des cultures différentes, des logiques et des objectifs différents, des temps différents fixés par des contraintes institutionnelles ou professionnelles. Ainsi le temps d’une structure d’accueil pour exercer des activités professionnelles n’est pas le même que le temps d’une structure de formation. Une vigilance particulière est ici nécessaire pour trouver des temps communs et gérer un planning des activités.
Les acteurs de la formation : ils doivent être évidemment compétents dans leur domaine mais aussi ouverts, disponibles et prêts à une analyse critique de leurs pratiques professionnelles ou de leurs organisations. Une attention particulière doit être portée sur le choix des tuteurs dont les rôles et les fonctions sont essentiels. En effet le rôle du tuteur est de favoriser la mise en rapport des compétences attendues et des savoirs et savoir-faire associés qu’elles mobilisent et cela dans des situations professionnelles réelles. Il veille aussi à la contextualisation et la décontextualisation des savoirs et savoir-faire liés aux situations professionnelles afin que ceux ci soient utilisables et transférables dans d’autres environnements. Ses fonctions principales sont une fonction de guidance car il doit co-élaborer avec le stagiaire son parcours individuel de formation ; une fonction de transmission de connaissances en lien avec les situations professionnelles rencontrées de façon à favoriser l’émergence de compétences ; une fonction d’insertion dans le milieu professionnel en aidant au repérage des contraintes, des règles, des usages et en transmettant la culture du milieu professionnel ; une fonction d’évaluation afin de mesurer l’évolution du stagiaire dans son parcours.
Ainsi, outre ses compétences dans son métier, le tuteur doit avoir des qualités relationnelles, pédagogiques et organisationnelles. Pour la partie française les tuteurs-inspecteurs impliqués dans la formation sont issus des académies de Créteil mais aussi de Paris et Versailles. Ces inspecteurs avaient déjà mené des actions de formation à l’international avec l’IUFM de Créteil, il forme un groupe soudé qui a la volonté de transmettre et cela a grandement participé à la réussite de la formation.
Points forts de la formation
La diversité des lieux, des cultures, des organisations, des structures, des pratiques, des activités professionnelles qui sont observées ou pratiquées, des productions de stagiaires en cours de formation qui concrétisent des différents types de savoirs en construction.
La dynamique des articulations des activités : activités individuelles qui traduisent l’engagement et l’implication du stagiaire dans la formation et s’évaluent sur la qualité des productions individuelles (rapports d’inspection, productions écrites, soutenances…) ; activités en groupe, la mutualisation est alors source d’analyse et de renouvellement de pratiques.
L’articulation de processus : processus d’observation ou de pratique d’activités professionnelles en situation réelle dans différents lieux ; processus d’échange et de communication qui permet de construire en commun ; processus de formalisation, moment de prise de conscience, de synthèse et de liaison entre théorie et pratique.
Contenu de la page mis à jour le : 27 Janvier 2012